Quel Trimix pour quelle plongée :exemples et explications de protocoles.

S’il est bien une question récurrente parmi le microcosme des plongeurs TEK, c’est évidemment celle du meilleur protocole de désaturation utilisable ! Surtout qu’il faut bien l’avouer, on entend ou lit souvent tout et n’importe quoi sur le sujet (il suffit d’aller sur les forums de plongée TEK pour s’en convaincre)… Ce qui n’est guère étonnant si l’on considère que les incursions profondes sont restées coincées dans une sorte de no man’s land entre la plongée LOISIR et la plongée à saturation des scaphandriers professionnels ! (Chose compréhensible s’il en est, s’agissant d’une pratique plutôt confidentielle, et donc nettement moins intéressante en terme de retombées économiques…).

Aussi comme il semble difficile de se prononcer là dessus sans mener de réel étude sur le sujet, peut-être devrions nous plutôt commencer par parler de ce qui a très bien fonctionné en terme de plongée profonde. A savoir, les nombreux travaux à saturation, ainsi que les études menées avec les corailleurs, dont les profils de plongées s’apparentent à ce qui se fait en plongée TEK. Étant encore à ce jour détentrice des records « industriels » (-534 m en mer en 1988 avec HYDRA 8 et -701 m en caisson lors d’HYDRA 10 en 1992), la COMEX est sans conteste une des soures les plus fiables sur le sujet ! Source qui a également comme énorme avantage de se trouver à Marseille, à portée de palmes du moindre tekkie avide d’information, en plus de répondre à toutes les questions qu’il peut bien se poser (par l’intermédiaire notamment de Bernard Gardette, Directeur Scientifique COMEX). Ainsi vous l’aurez compris, toutes les notions qui vont suivre découlent des différents entretiens que Jo Gallien (président d’IANTD France) et moi-même avons pu avoir avec le Dr Gardette, sans qui toutes nos plongées ne se seraient peut-être pas si bien passées…

S’agissant maintenant de rentrer dans le vif du sujet, peut-être vaut-il mieux commencer par la pierre angulaire de tout ce qui va suivre, à savoir la notion d’engagement (E = Phydro * √t) ! [1] Notion qui reflète une charge en gaz inerte à laquelle on peut associer un risque d’ADD. Aussi contrairement à ce que pensent certains, la sévérité d’une plongée ne se traduit pas uniquement par une profondeur maximale atteinte… (l’exploration verticale n’étant pas une fatalité).

D’où donc la notion suivante, celle du build-up, qui veut qu’avant de chercher à aller plus profond, l’on commence par travailler à profondeur constante en augmentant l’engagement (cad le temps fond), afin de n’ajouter qu’une seule inconnue à notre progression. On pourrait encore chercher à augmenter la profondeur tout en restant à engagement constant… mais la logique étant plutôt de maximiser l’exploration, on privilégiera plutôt l’augmentation de E à profondeur constante.

Parallèlement à cette engagement, nos échanges ont portés sur les gaz à utiliser selon les différents profils de plongée, ainsi que sur leurs limites d’utilisation. La narcose équivalente n’étant pas le seul paramètre à prendre en compte lorsque l’on opte pour un mélange en particulier…

Mélange qui sera choisi en fonction de :

Autre point intéressant, qui là encore à tendance à passionner le tekkies, c’est que la nature même du gaz utilisé va déterminer la remontée !

Les propriétés de l’azote (N2) et de l’hélium (He) étant très différentes, selon que l’on prenne l’un ou l’autre comme gaz directeur, la durée de la remontée ainsi que le degré de maîtrise du plongeur au cours de cette phase critique vont être grandement impactés. [4]

Remontée pendant laquelle toute vitesse excessive et toute ré-immersion restent interdites ! L’He étant tellement léger qu’en cas de remontée rapide on risque de commencer l’accident dans l’eau, auquel cas la ré-immersion devient plus dangereuse que l’évacuation.

Compte tenu de ces propriétés, il arrive un moment où la nature du gaz utilisé doit être considérée pour établir le protocole de désaturation ! D’où l’intérêt des Gradient Factors (GF) [3], cet outil d’utilisation simple mais au combien efficace qui va nous permettre de moduler à souhait notre profil de remontée, en y ajoutant si besoin des paliers profonds, ou encore en rallongeant la durée des derniers paliers. La limite de l’outil étant, et vous l’aurez compris, qu’il impose de ne pas se tromper de réglages selon la nature du gaz que nous utilisons. Et c’est donc là précisément que les échanges avec la COMEX prennent un tournant beaucoup plus concret !

Même si elle n’utilisait pas directement de GF, la COMEX a tout de même produit un certain nombre de tables, à partir desquelles nous avons pu établir des comparaisons. (cf Annexe 1, 2 et 3) Il en ressort que :

Toujours en se basant sur la notion d’engagement, il apparaît que les exigences ne sont absolument pas les mêmes selon le type de plongée que nous pratiquons. Aussi de même que l’ascension de l’Everest demande un certain entraînement et un équipement bien fourni, la plongée TEK requiert elle aussi un minimum de préparation. Ce qui n’enlève rien aux plongeurs loisirs qui préfèrent pratiquer l’activité de façon moins assidu, voir occasionnelle… Et qui laisse également une place aux plongeurs sportifs qui ont envie de pousser un peu plus loin leurs explorations ! (cf Tableaux 1, 2 et 4). [1] et [2]

Reste alors à savoir quels contraintes nous sommes prêts à supporter, et donc quel entraînement suivre selon nos objectifs ! La clé de la réussite étant bien entendu de développer un maximum d’automatismes, de toujours prendre la peine d’éprouver la moindre technique, de répéter au maximum même les gestes les plus élémentaires (comme larguer un parachute à l’aide d’un dévidoir), et tout cela en évitant tout engagement tant que les procédures ne sont pas maîtrisées. Toute préparation débutera donc dans la zone des 10 m pendant des heures si nécessaire, et toute procédure de remontée sera d’abord testée sans palier, quitte à ne faire qu’un touch and go. [4]

Aucunes de ces données, ni aucun de ces protocoles n’ayant jamais été validés, il va de soit que personne ne saurait en garantir la validité… tant que des études plus poussées sur le sujet n’auront pas été menées. Par contre, peut-être est-ce là le rôle des fédérations et des divers organismes de formations, que de collaborer avec les personnes travaillant sur le sujet afin d’améliorer les protocoles existant… Et peut-être ainsi de finir par permettre à la plongée TEK de sortir de l’obscurantisme dans laquelle elle se noie ?!

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Emmanuel Dugrenot
manudugrenot@tek-diving.fr
Fondateur Tek Diving, moniteur de plongée et physiologiste

Joël Gallien
Instructeur Trainer Trainer (ancien président IANTD France)